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Tendance 2021 : un Internet plus éthique avec le « Tech for good »

11 janvier 2021

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En novembre dernier, l’Appel Tech for Good a été signé par 75 grandes entreprises qui assurent de leur engagement à « mettre la technologie au service du progrès humain ». En décembre dernier, la Commission européenne à présenter le Digital Services Act (DSA) et le Digital Market Act (DMA), deux cadres législatifs qui visent à mieux définir la responsabilité des plateformes et des réseaux. L’éthique est au cœur des préoccupations digitales mondiales. Dans quels cadres s’applique-t-elle ? Quelles en sont les limites ?

Le Tech for good : engager les entreprises

Tech for good

En 2015, l’ensemble des Etats Membres de l’Organisation des Nations Unies (ONU) ont adoptés 17 objectifs de développement durable dans le cadre du « Programme de développement durable à l’horizon 2030 ». Ces objectifs couvrent l’intégralité des enjeux de développement dans tous les pays1 tels que le climat, la biodiversité, l’énergie, l’eau, la pauvreté, l’égalité des genres, la prospérité économique, la paix, l’agriculture, l’éducation, etc.

Né en 2018, le mouvement d’entrepreneurs Tech for Good France participe à la réalisation des objectifs de développement durable émis par l’ONU dans le cadre digital, en tentant de répondre à trois enjeux : former la première maison commune des entrepreneurs et investisseurs de la Tech for Good, représenter et porter les revendications de cet écosystème, et faire rayonner ses valeurs et enjeux auprès du plus grand nombre (entreprises, pouvoirs publics, particuliers…).

Ce mouvement s’est inspiré de l’expression « Tech for good », apparue il y a une dizaine d’années. Celle-ci désigne les usages, les innovations numériques qui ont un « impact social positif », qui se mettent au service de l’intérêt général ou des objectifs du développement durable de l’ONU. Pour rendre cette expression plus concrète, plusieurs actions ont été menées ces dernières années, notamment par la France.

En 2019, à l’initiative de Moujnir Mahjoubi, Secrétaire d’Etat au Numérique, la Charte des acteurs du e-commerce a été signée par Boulanger, Cdiscount, Conforama, eBay, Fnac-Darty, La Redoute, Le Bon Coin, Mano-Mano et Rakuten. L’objectif était de garantir des relations équilibrées entre les géants du web, dans le secteur du e-commerce et des TPE et PME françaises2.

En novembre 2020, 75 dirigeants d'entreprises mondiales du numérique ont ratifié un texte pour un Internet plus vertueux. Parmi les signataires, on retrouve des entreprises mondiales (Google, Facebook, Microsoft, IBM, Uber), des groupes de l’économie traditionnelle (Engie, BNP Paribas), des start-up françaises (OVH, Doctolib, Blablacar). Tous se sont engagés symboliquement à lutter contre les contenus haineux et à défendre « les valeurs de liberté, d'ouverture, de transparence et de neutralité du net ».

Dernière initiative, en décembre dernier, la Commission européenne a présenté le Digital Services Act (DSA) et le Digital Markets Act (DMA), dont l’objectif est de mieux contrôler le pouvoir des grandes plateformes.

Données personnelles : un business fructueux

Tech for good

L’éthique sur Internet ne concerne pas que le développement durable, mais également les données personnelles. Selon la définition de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), une donnée personnelle est « toute information se rapportant à une personne physique identifiée ou identifiable ». Selon cette définition, toute entreprise est en droit de collecter un certain nombre d’informations concernant les internautes, comme l’adresse mail, la date de naissance, la situation familiale, l’orientation sexuelle, les goûts, les habitudes, le domicile… C’est ce que l’on appelle la collecte des « data ».

Cependant, les consommateurs ne sont pas toujours avertis que les entreprises digitales collectent ces données. Comme l’explique Maxime Sbaihi, économiste et directeur général de Génération Libre, « dans une économie basée sur le développement numérique, la data est la nouvelle matière première. Le problème est qu'aujourd'hui, les internautes la fournissent gratuitement3 ».

Prenons l’exemple du réseau social Facebook. Vous pouvez créer et gérer un compte gratuitement si vous acceptez que la plateforme collecte vos informations personnelles. Vous acceptez aussi tacitement que Facebook exploite ces données pour de l’argent. Selon un rapport publié par Génération libre, pour chaque utilisateur européen, Facebook gagne en moyenne 32 euros de revenus publicitaires par an. Et c’est le cas pour toutes les entreprises faisant partie des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft).

« Reprendre le contrôle »

Face à ce phénomène qui inquiète de plus en plus, certains ont décidé de « reprendre le contrôle » et de trouver des solutions. En 2016, la Commission européenne a mis en place le sigle RGPD, « Règlement Général sur la Protection des Données » (en anglais GDPR, « General Data Protection Regulator »), pour encadrer le traitement des données personnelles sur le territoire de l’Union européenne. Cet engagement est devenu obligatoire en mai 2018 pour tous les Etats membres.

Ainsi, toute entreprise refusant de se plier au RGPD s’expose à des amendes lourdes : 20 millions d’euros pour les administrations et 4 % du chiffre d’affaires pour les entreprises. En novembre dernier, deux filiales de Carrefour, Carrefour France et Carrefour Banque, ont été condamnées par la CNIL à payer une amende totale de 3 millions d’euros pur non-respect du RGPD. Google a également été mis à l’amende cette année avec une amende à payer de 100 millions d’euros pour non-respect de trois principes RGPD. Google aurait déposé des cookies à finalité publicitaire sur sa page google.fr sans avertir les internautes (violation du consentement de l’utilisateur), n’aurait pas donné d’information concernant l’existence de ces cookies ni sur leur usage (violation de l’information sur l’usage des données) et n’aurait pas permis aux internautes de désactiver tous les cookies (violation de la capacité de l’internaute à revenir sur son consentement).

Comment être conforme à la RGPD ? [Copyright https://www.ipe.fr/rgpd/]

Tech for good

En autorisant la vente

Mais le RGPD n’est pas la seule solution. Plusieurs nouveaux acteurs proposent des alternatives, comme l’autorisation contrôlée de la vente des données personnelles. Depuis 2019, la start-up franco-américaine Embleema permet notamment aux patients de vendre leurs données médicales à des professionnels de la santé pour les besoins de la recherche4. Lancé en avril 2019, l'application WeWard permet de gagner de l'argent en marchant et en partageant les données de géolocalisation : tous les 10.000 pas sont payés 20 centimes. En février 2020, la start-up Tadata a lancé une plateforme permettant aux étudiants de gagner un complément de revenus s’ils remplissent un formulaire avec leurs données personnelles (niveau d'études, objectifs professionnelles, style de vie, centres d'intérêt…).

Malheureusement, plusieurs problèmes éthiques se posent. Concernant la revente consentie d’informations, Nicolas Chagny, Président d’Internet Society France déclare que « si on autorise la vente des données, on donne un coup d'accélérateur à la collecte, alors que l'essence du projet RGPD est de réguler la collecte des données personnelles ». De plus, concernant les initiatives à échelle mondiale et européenne, si bon nombre d’entreprises ont ratifiés les différents traités, deux entreprises majeures n’ont toujours rien signé : Amazon et Apple. Mais nous pouvons déjà noter un élan général pour un meilleur encadrement de notre vie digitale.

Sources

  1. https://www.agenda-2030.fr/odd/17-objectifs-de-developpement-durable-10
  2. https://www.ladepeche.fr/amp/2020/12/07/un-nouveau-label-pour-les-bons-sites-de-commerce-coup-de-communication-ou-veritable-outil-pour-le-consommateur-9243320.php
  3. https://start.lesechos.fr/societe/culture-tendances/vendre-ses-donnees-personnelles-un-business-controverse-1273442
  4. https://www.lesechos.fr/pme-regions/innovateurs/embleema-leve-33-millions-pour-sa-place-de-marche-des-donnees-de-sante-962233

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